La faisabilite de transferts monetaires en situation d’urgence, une etape cle de la programmation en transferts monetaires.

Depuis quelques années, les humanitaires en République Démocratique du Congo adoptent de plus en plus cette modalité pour apporter une réponse d’urgence mais aussi dans le cadre des filets sociaux de protection. L’une des étapes cruciales qui semblent occultées est l’étude de faisabilité et la gamme d’analyses faite pendant cette phase. L’analyse de la faisabilité est une étape importante du projet car elle permet de récolter et de traiter les informations qui vont orienter la formulation du projet.

Les évaluations faites pendant cette phase reposent sur une collecte de données primaires et secondaires et impliquent une descente sur le terrain et une bonne coordination avec les autres acteurs. Les répercussions d’une mauvaise pratique d’une organisation dans le domaine des transferts monétaires impactant l’ensemble des intervenants et les communautés dans la zone concernée, parfois au-delà. Nous avons essayé de faire un inventaire des pratiques en la matière en RDC pour proposer des pistes de solutions et outiller, dans la mesure du possible, les humanitaires à mettre en œuvre des programmes de transferts monétaires exempts sinon ayant des répercussions perverses contrôlables.

Il en ressort qu’il existe différente pratique en termes d’études de faisabilité des programmes de transferts monétaires en RDC. Le niveau et la qualité des documents trouvés varient d’une organisation à une autre, les organisations nationales étant à la traine. On note aussi un manque d’harmonisation des outils et des pratiques dans les différents hubs humanitaires.

La faiblesse constatée relève certainement du fait que les transferts monétaires n’ont été vraiment adoptées par les organisations en RDC que très récemment (2014-2016) et les groupes de travail sur le cash n’ont été mis sur pied qu’en 2017. Très peu de personnes ont été formés et il y a une certaine ignorance des prérequis et mécanismes de transferts monétaires. De plus, la compétition pour les ressources fait que les organisations partagent très peu entre elles les bonnes pratiques et technologies liées aux programmes de transferts monétaires. Jusqu’en 2016, et même jusqu’en 2019, seules quelques rares organisations ont du personnel dédié au programme de transferts monétaires. La plupart des chargés de programmes de transferts monétaires dans différentes organisations n’ont pas bénéficiés d’une formation formelle sur le sujet ou ont une pratique limitée de ce type de programmes. Le faible nombre de documents et outils enregistrés lors de la recherche est donc liée à une pratique très peu répandue d’echange de documents sur les transferts monétaires entre acteurs. Par ailleurs, le changement d’outil de détermination de la valeur du transfert et l’adoption des transferts monétaires à usage multiple au détriment des transferts sectoriels ont embrouillé un tant soit peu les praticiens des transferts monétaires. En effet, jusqu’à fin 2029, le panier des dépenses minimum était en constitution et chaque organisation et parfois au sein d’une même organisation, chaque secteur, utilise ce qu’il pense être le MEB (Panier de dépenses minimum).

Toutefois, les agences des Nations Unies comme le PAM, le HCR ont de bonnes pratiques au niveau mondial voir en République Démocratique du Congo. Aussi, je propose alternativement l’arbre de décision proposée par le HCR afin de décider si les transferts monétaires sont faisables ou non. Je propose aussi un arbre de décision inspiré de l’outil « Omega tool » du PAM pour analyser les quatre E (Economie, Efficacité, Efficience, et Equité) qui doivent toujours être étudiés avant de décider de faire un programme de transfert monétaire. Enfin, afin, sans prétention, je propose un questionnaire sommaire d’étude de faisabilité et un format d’analyse de risques qui pourraient servir lors des études de faisabilité de programme de transfert monétaire. Afin de rendre ces outils accessibles à tous, je mets ces outils sous dans un même classeur Excel à toutes fins utiles.

Au niveau global, le CALP a mis à la disposition des humanitaire plusieurs outils et méthodes pour mettre en œuvre des transferts monétaires plus surs. Mais la plupart de ces outils restent en Anglais et cela semble limiter leur utilisation par les humanitaires francophones. Il existe cependant beaucoup de documents qui orientent sur la manière de conduire une étude de marché, faire une analyse de besoin des ménages, une analyse des risques etc. Il manque autant des outils prêts à l’utilisation mis à disposition de la communauté humanitaire francophone. Un effort d’harmonisation des outils au niveau des pays voir des régions permettra aux petites organisations de gagner en efficacité et à la communauté humanitaire tout-entière d’être plus consistante et efficiente et redevable vis-à-vis des vulnérables qu’elle assiste mais aussi des bailleurs qui donnent les ressources et qui n’ont de cesse de demander une harmonisation des approches et une mutualisation des ressources.

Il est aussi apparu lors de nos recherches qu’il existe une gamme de documents relatifs au cash humanitaire mais très peu de documents et d’outils sur les transferts sociaux en situation post-crise ou de développement. La mise en place du triple nexus Paix-Humanitaire-Développement apparait comme une lueur qui permettra de lier l’urgence au développement et consolider la paix qui est fragile dans la plupart des zones en RDC. D’autre part, de plus en plus d’organisations ont commencé à faire un effort de lier les transferts monétaires humanitaires aux filets sociaux de protection des pays d’accueil pour mettre en place un système de protection sensible aux chocs.

En définitive, la communauté humanitaire en RDC et partout ailleurs gagnera à continuer les efforts de partage d’informations et d’évidences sur les programmations en transferts monétaires qui contribuera à maintenir les organisations ayant des capacités limitées comme la plupart des ONG nationales dans la cordée pour faire des transferts monétaires qui ne nuisent pas aux communautés et aux bénéficiaires auxquels le programme est destiné.

Télécharger

One Response to La faisabilite de transferts monetaires en situation d’urgence, une etape cle de la programmation en transferts monetaires.

  1. Jean-Marie Kabanga Ngandu dit :

    Je me nomme Mr Jean-Marie Kabanga et je travaille pour une organization humanitaire en RDC, à Bunia dans la province de l’Ituri.
    Je voudrai savoir si vous ,(Kalu Institute), n’allez pas avoir une formation à donner en ce domaine (transfert monaitaire ou distribution du cash), car je suis vraiment intéressé à cette formation

Laisser un commentaire